Page mise en ligne le 12 Décembre 2003 - Page dernièrement modifiée le Samedi 14 Avril 2007

Population de Bouquetins des Alpes du Parc Naturel Régional du Queyras

 

A travers cette page, je traîterai de la population de Bouquetins du Parc Naturel Régional du Queyras (Hautes-Alpes).

Alors que le Bouquetin des Alpes avait disparu de ce superbe massif des Alpes du Sud depuis plus d'un siècle, depuis le fin des années 80, quelques Bouquetins mâles de la colonie italienne du Valle Pellice - Barant, sur les contreforts du Mont Viso, font des apparitions estivales dans la région frontalière de la haute vallée du Guil (au Sud-Est du Parc).

Dès lors, la décision de réintroduire des Ibex dans la partie française du massif du Mont Viso a été prise afin de :

La réintroduction de 26 Bouquetins (12 en 1995 et 14 en 1998) a abouti à la création d'un petit noyau de population dans le Haut-Queyras. Le suivi de la population est effectuée par le Parc Naturel Régional du Queyras et l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage.

Actuellement, la population de Bouquetins du Haut-Queyras (versant français du massif du Mont Viso) est estimée à une cinquantaine d'individus en hiver, sans compter les quelques individus passant l'été en haute vallée de Ceillac (sud-ouest du Parc) provenant très certainement de Haute-Ubaye.


Plan :



 

 


AVANT LA REINTRODUCTION


 

Disparition du dernier individu

Au XIX° siècle, le dernier Bouquetin du Queyras a été abattu au Pic d'Asti, sur le versant français du Massif du Mont Viso, dans la haute vallée du Guil.

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Fréquentation estivale avant même la réintroduction

Depuis la fin des années 80, les abords des sources du Guil, dans la région frontalière du Parc Naturel Régional du Queyras, reçoivent la visite estivale et furtive d'Ibex mâles italiens.

Ainsi, avant la réintroduction, 20 à 40 Bouquetins étaient couramment observés en été, sur les crêtes et les cols de la haute vallée du Guil. Ces Bouquetins venaient (et viennent toujours) de la colonie italienne de " l'Oasis de protection du Barant " dans la haute vallée du Pellice (sur la commune de Bobbio Pellice) où eurent lieu des réintroductions entre 1978 et 1993. Ainsi, entre 1978 et 1993, 26 Ibex du Grand Paradis furent relachés dans l'Oasis du Barant : 4 mâles en février 1978, 4 animaux en septembre 1978 (2 femelles et 2 mâles), 4 animaux en mai 1987 (2 femelles et 2 mâles), 3 animaux en mai 1993 (1 femelle gravide et 2 mâles) et 11 animaux en mai 1993 (6 femelles et 5 mâles).

Actuellement, après la réintroduction du Bouquetin dans le Queyras, la colonisation estivale des sommets frontaliers par les Bouquetins italiens du Mont Viso est toujours effectuée, auxquels se mêlent maintenant les Bouquetins établis à l'année sur le versant français.

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POPULATION DU HAUT-QUEYRAS


 

La réintroduction

Au printemps 1995, 12 Ibex (7 femelles et 5 mâles) furent relâchés dans la haute vallée du Guil, plus précisément à La Roche Ecroulée, sur la commune de Ristolas.

Bouquetin mâle relâché à Ristolas en avril 1998. Comme la plupart des animaux réintroduits, on peut remarquer qu'il est marqué et équipé d'un émetteur.

Photo : Estefan SIMIAND (www.alpinoc.com)

Malheureusement, plusieurs cas de kérato-conjonctivite (maladie contagieuse affectant les yeux) ayant été observés dans le secteur de Modane (Parc National de la Vanoise), d'où proviennent l'essentiel des animaux réintroduits, le Parc National de la Vanoise n'a pas voulu prendre le risque d'achever la réintroduction en 1996 et 1997. L'achèvement eut donc lieu en 1998.

Cette année là, entre le 27 et le 30 avril, 15 Bouquetins (7 mâles et 8 femelles) furent immobilisés dans la secteur de Modane. Suite au transport à dos d'homme, une femelle mourut. Toujours à La Roche Ecroulée, ce sont donc 14 Ibex qui sont venus rejoindre leurs congénères relâchés en 1995.

Rapidement, de nombreux mâles issus du lâcher de 1995 sont partis rejoindre leurs congénères italiens, bien qu'ils soient revenus pour le rut sur le versant français. Cependant, 1 mâle est parti en Haute-Ubaye pour le rut 1997, 2 autres pour le rut 1998 et 1 dernier pour le rut 1999. Mais il semble que ces arrivées aient été seulement temporaires et qu'ils soient vite revenus dans la région du Mont-Viso. Heureusement, des naissances ont également été rapidement observées et même si on a rapidement perdu trace de quelques individus réintroduits, d'autres sont venus d'Italie et se sont joints à la population en cours de création du Haut-Queyras.

Comme dans toutes les autres opérations de réintroductions, les individus relâchés sont marqués aux oreilles et équipés d'un collier émetteur. Pour faciliter et rendre le suivi plus convivial, tous les animaux relâchés possèdent leur petit nom : ainsi, on trouve "Bambi", "Viso", "Obélix" ou "Jupiter". Jusqu'en 2000, le suivi de la population était assuré par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage ainsi que par le Parc Naturel Régional du Queyras, par l'intermédiaire de Michel Blanchet (à l'origine de la réintroduction) et d'un stagiaire. Mais depuis 2000, il n'y a plus personne pour s'occuper du suivi de la population. Ceci est très dommage surtout lorsqu'on sait le mal que c'est donné Michel Blanchet afin qu'aboutisse cette réintroduction.

Le bilan de cette réintroduction est donc mitigé : à l'échelle locale (Haut-Queyras), il est plutôt décevant puisque beaucoup d'animaux réintroduits n'ont pas participé à la création d'une population (décès ou émigration) même si quelques Bouquetins sont venus d'Italie (ce qui est essentiel pour limiter la consanguinité) ; à l'échelle régionale, il est très positif puisque la réintroduction a permis la consolidation des effectifs de la zone transfrontalière du Mont Viso.

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Territoires occupés

Bouquetin mâle au col du Losseta (Italie), tout près du col de Valante.

Photo : Rémi AUBEL (remi.aubel.free.fr)

Superbes Bouquetins mâles à l'ouest du Col Valante.

Photo : Estefan SIMIAND (www.alpinoc.com)

D'après les rares informations disponibles, il semble que les Bouquetins réintroduits à Ristolas possèdent leurs propres quartiers hivernaux sur le versant français du massif du Mont Viso mais qu'en été, ils n'hésitent pas à fusionner avec les Bouquetins italiens.

En hiver, le noyau de Bouquetins du Haut-Queyras se cantonne sur la rive gauche du Guil, légèrement en amont de la Roche Ecroulée et assez loin de la frontière. Les Ibex fréquentent surtout le secteur du du Pic et de la Crête des Lauzes (vallon de Foréant). Il s'agit d'un vaste versant exposé à ubac et situé entre 2400 et 2700 mètres d'altitude. Quelques autres secteurs sont ponctuellement utilisés par des individus en hiver. Ainsi, depuis deux ou trois ans, un mâle isolé hiverne dans le vallon de Ségure (beaucoup plus au nord mais toujours sur la commune de Ristolas).

A la belle saison, les Bouquetins montent beaucoup plus haut et fréquentent (jusqu'au mois d'août environ) la zone frontalière de la haute vallée du Guil, tout autour du Mont Viso. Ainsi, chaque été, des observations sont effectuées au col Sellière, dans le vallon du col de Soustres, au col de la Traversette, au col du Colonel, au col du Couloir du Porc, au col Valante (le Pas du Loup à l'ouest du col), jusqu'à la Brêche et la Montagne de Ruine. Se mélangeant aux Bouquetins italiens et d'Ubaye avec qui ils ne forment qu'une seule et même population transfrontalière en été, il est impossible de savoir si les Bouquetins observés dans ces zones sont ceux du Queyras (réintroduits ou d'origine réintroduite), de Haute-Ubaye ou s'ils proviennent des nombreuses autres populations italiennes autour du Mont Viso. Ainsi, une harde de 21 mâles a été observé au col de Vallante lors de l'été 1999.

Mais en août, au plus fort de la fréquentation touristique (principalement sur le versant italien), les Bouquetins désertent totalement les zones fréquentées au début de l'été. Où vont ils ?

Par ailleurs, il est possible que des Bouquetins, hivernant dans le Haut-Queyras, franchissent la frontière en été et fréquentent, en compagnie de leurs congénères italiens, les environs du Monte Granero (Val Pellice) ou la vallée de Soustra (col du Losseta par exemple) par exemple.

Outre des informations sur l'effectif et le statut de la population du Haut-Queyras, vous trouverez dans le prochain paragraphe la localisation et les effectifs des différentes populations présentes aux alentours du Mont Viso, en Italie.

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Effectif et statut de la population

Le dernier comptage, effectué en 2000, donne un chiffre de 55 individus. Il s'agit donc du nombre minimum d'individus présents dans le Haut-Queyras en 2000, sachant que les effectifs sont généralement sous-estimés de 5 à 100 % !!

Depuis, les effectifs ont guère changé. Si les effectifs estivaux sont supérieurs à la centaine d'individus (avec l'apport de Bouquetins italiens), les effectifs hivernaux du Haut-Queyras sont compris entre 50 et 60 individus. (Agent du PNM, avril 2007, com.pers.)

Voici les effectifs des autres populations italiennes aux alentours du Haut-Queyras, de part et d'autre du Mont Viso :

Une véritable dynamique s'opère dans cette région transfrontalière, puisqu'à côté de la soixantaine d'Ibex du Haut-Queyras, plus de 700 Ibex fréquentent le versant italien du massif du Mont-Viso.

Si l'on rajoute les 200 Ibex de la population de Haute-Ubaye (Saint-Ours et Font-Sancte), également connectée avec le massif du Mont-Viso, une métapopulation de près de 1000 individus occupe la zone Haut-Queyras - Mont-Viso - Haute-Ubaye.

En effet, toutes ces populations autour du Mont Viso, italiennes ou françaises, sont en connexion les unes avec les autres puisque des échanges d'individus sont notés entre chacune de ces différentes populations frontalières.

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AILLEURS DANS LE QUEYRAS


Depuis le début de la réintroduction du Bouquetin des Alpes dans le Haut-Queyras, des individus isolés sont aperçus de temps en temps ailleurs dans le Queyras.

Vallée de Ceillac

Les observations queyrassines, en dehors de la haute vallée du Guil, se concentrent surtout dans la vallée de Ceillac, magnifique vallée du sud-ouest du Parc naturel régional du Queyras.

Depuis le début des années 2000 environ, chaque été, des Bouquetins sont observés dans la partie haute de la vallée de Ceillac, dans les hauts vallons du Cristillan et du Mélezet, c'est-à-dire sur le versand nord du massif de Font-Sancte.

Par exemple, 3 individus ont été observés au lac de Saint Anne, dans le vallon du Mélezet, en juin 2000. Autre exemple, en juin 2006, deux adultes mâles ont été observés dans le haut vallon du Cristillan. Des observations de femelles suitées ont également eu lieu mais sans plus de précision.

Mais quelques observations ont été réalisées plus en aval, dans la vallée de Ceillac. Ainsi, à la fin des années 1990, un individu a été observé au poste optique des Chambrettes, sur la rive droite de la vallée de Ceillac.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il est plus probable que ces individus proviennent de la population de Haute-Ubaye, plutôt que de celles du Haut-Queyras ou du Mont Viso.

En effet, une partie de cette population a élu domicile sur le versant sud du Pic de Font-Sancte, limitrophe à la vallée de Ceillac. On peut donc penser qu'à la belle saison, quelques individus passent la ligne de crête et s'installent sur les versants exposés au nord, dans les vallées de Mélezet ou du Cristillan. Par ailleurs, l'observation de 2 femelles suitées est également un indice supplémentaire : en effet, il est peu probable que des femelles accompagnées de leurs jeunes fassent un si grand parcours, depuis la haute vallée du Guil ou le Mont Viso, jusqu'à Ceillac. Ces femelles viendraient donc de beaucoup plus près, sûrement de Haute-Ubaye.

Il serait très intéressant de constater si quelques individus y passent l'hiver, ce qui marquerait les prémices d'une installation durable du Bouquetin dans le sud-Queyras.

Pour plus d'informations sur la population de Haute-Ubaye, voir la page consacrée aux 3 populations du Parc National du Mercantour.

Vallée d'Arvieux

Récemment, un ou deux Bouquetins mâles ont été vus dans les environs du col de l'Izoard, sur la commune d'Arvieux (ouest du Queyras). (Agent du PNM, avril 2007, com.pers.)

Ces individus peuvent provenir du Haut-Queyras ou de populations italiennes.

 

Les observations d'Ibex dans l'ensemble du Queyras, à l'exception de la vallée du Guil où la situation est relativement connue, sont très précieuses. Pour plus d'infos, voir la page : Secteurs peu prospectés pouvant abriter des Bouquetins.

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Bibliographie :

  • CRAVE et PN des Ecrins, 1995. - Faune Sauvage des Alpes du Haut-Dauphiné - Atlas des vertébrés - Tome 1. 303 p.
  • PN de la Vanoise - Rapport d'Activité 1998.
  • WEBER Eric, 1994. - Sur les traces des Bouquetins d'Europe. - Edition Delachaux et Niestlé. 176 p.
  • E-mails de Patrick Orméa (Parc National du Mercantour) datés du 22/12/2002, du 23/11/2003 et du 28/11/2003.
  • E-mails de Michel Chavrot (Instituteur à Ceillac - Queyras) datés du 13/07/2001 et du 22/11/2003.
  • E-mail de Estefan Simiand (Accompagnateur en montagne du Queyras) daté du 22/11/2003.

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