Page mise en ligne le 17 Janvier 2004 - Page dernièrement modifiée le Samedi 8 Août 2009

Populations de Bouquetins des Alpes du Parc National du Mercantour

 

A travers cette page, je traiterai des 3 populations de Bouquetins du Parc National du Mercantour (Alpes-Maritimes et Alpes-de-Haute-Provence).

Ce parc comprend 3 populations distinctes :

En 2008, le Parc National du Mercantour (zones coeur et d'adhésion) abrite environ 1070 individus à l'année, divisés en 3 populations (1170 en incluant la colonie de Font Sancte).


Plan :




 

 


POPULATION DE L'ARGENTERA - MERCANTOUR EST


 

La réintroduction

La colonie de Bouquetins des Alpes de l'Argentera - Mercantour est apparue à l'initiative des gestionnaires de la réserve royale italienne de Valdieri-Entracque, qui procédèrent à la réintroduction de cet animal entre 1920 et 1933.

Les animaux provenaient du Parc National du Grand Paradis. Après leur transport en camion ou en train, les Ibex étaient maintenus durant toute la période hivernale en captivité, dans un enclos, généralement avec des chèvres, tout proche du site de réintroduction. Les lâchers eurent lieu au printemps dans le vallon de Gesso della Barra, à proximité du refuge de chasse de San Giacomo, à 1300 mètres d'altitude.

Au total, entre 1920 et 1933, 25 Bouquetins ont éte lâchés : 10 femelles et 15 mâles. Mais, la population actuelle a pour origine 6 animaux seulement (3 mâles et 3 femelles) car 17 animaux ont rapidement trouvé la mort. Hormis quelques faits de braconnage et d'accidents, on ignore la majorité des causes de la mort. Si bien qu'en 1933, les responsables de la réserve estimaient le nombre de Bouquetins survivants à une dizaine seulement, dont 4 nés sur le site.

Malheureusement, cette colonie a subit un fort goulot d'étranglement génétique.

La population actuelle de l'est du Parc National du Mercantour a donc pour origine une réintroduction italienne.

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Territoires occupés

Vallon de Fontanalbe et Face NE du Mont-Bégo en Haute-Roya, fréquentés par les Ibex du Mercantour-Est.

Photo : © Jacques SARRUT - Parc National du Mercantour (www.parc-mercantour.fr)

Versant sud du Mont Pélago, en vallée de Vésubie. Cliquez sur la photo pour voir l'agrandissement.

Photo : © Franck GUIGO - Parc National du Mercantour (www.parc-mercantour.fr)

Sur le versant italien, l'ensemble du Parco Naturale delle Alpi Marittime est actuellement colonisé. Alors que la colonie-mère se trouve quasiment au centre du Parc, pour créer rapidement de nouvelles colonies, des réintroductions ont éte effectuées. Ainsi, 46 animaux ont été lâchés en 1986-1987 dans le secteur du Mont Matto (à l'ouest du Parc) et la nouvelle colonie s'est vite développée. De ce fait, la totalité du Parc est actuellement occupée par les Bouquetins.

A l'image de l'essaimage vers la France, depuis les années 1980, un second axe de colonisation s'est ouvert vers le nord-ouest. Au-delà du col de la Lombarde, jusqu'au col de Larche, dans le massif frontalier entre les vallées de la Stura et de la Tinée, de nouvelles petites populations pérennes de bouquetins se sont installées. D'est en ouest, les vallons de Saint Anne (Réserve de chasse de la Ciastella, 17 individus étaient présents en 1985), de l'Ischiator, du Piz, de Ponte Bernardo accueillent 4 colonies pour un total d'environ 80 Ibex en 2004, 100 en 2005, 170 en 2008. Comme pour la partie Est du Massif, plusieurs hardes passent la frontière et estivent dans la zone frontalière de la Haute Tinée.

Les premières observations de Bouquetins dans la Réserve Nationale de Chasse du Mercantour eurent lieu dans la Haute Vallée du Boréon (Haute-Vésubie).

Actuellement, les Bouquetins, vivant toute l'année sur le versant français ou y passant seulement la belle saison, fréquentent les hautes vallées de la Roya, de la Vésubie et maintenant de la Tinée centrale, en zone centrale du Parc National du Mercantour. Pour être plus précis, les Ibex sont surtout localisés dans les hautes vallées de la Valmasque et des Merveilles (Roya), Gordolasque, Madone de Fenestre et Boréon (Vésubie), jusqu'au Mont Bégo au sud (Roya) et au Mont Malinvern à l'ouest (Tinée centrale).

Les premiers Bouquetins ont hiverné sur le versant français lors de l'hiver 1992/1993, au nombre de 2. Ils étaient alors localisés dans le secteur du Pélago, en vallée de la Vésubie. Depuis 1996/1997, l'hivernage est régulier et se concentre principalement au Mont Bégo (Roya), au Mont Pélago (Vésubie), ponctuellement au cirque de la Madone de Fenestre (Vésubie), mais surtout à Valmasque (Roya) et Gordolasque (Vésubie).

Tableau synthétique présentant l'évolution numérique des sites d'hivernage français depuis 1992 :

Site d'hivernage / Hiver
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
Valmasque (Roya)
0
0
0
0
0
0
0
4
30
28
40
73
Bégo (Roya)
0
0
0
0
12
10
10
12
12
10
19
22
TOTAL HAUTE ROYA
0
0
0
0
12
10
10
16
42
38
59
95
Gordolasque (Vésubie)
0
0
0
0
12
2
12
17
24
30
40
53
Madone de Fenestre (Vésubie)
0
0
0
0
0
0
0
0
4
0
2
0
Pélago (Vésubie)
2
0
0
0
0
0
0
8
12
15
15
18
TOTAL HAUTE VESUBIE
2
0
0
0
12
2
12
25
40
45
57
71
TOTAL
2
0
0
0
24
12
22
41
82
83
116
166

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Effectif et statut de la population

Jusque dans les années 1980, la colonie a connu nombre de difficultés avant de pouvoir s'épanouir pleinement :

Bouquetin mâle en Haute-Vésubie.

Photo : © Anthony RAMBAULD

En 1939, 54 Ibex étaient présents et formaient un noyau qui démarrait enfin. Mais la guerre de 1939-1945 faillit de nouveau décimer la population. En effet, après une interruption du contrôle de la population suite à l'occupation militaire, les Bouquetins étaient estimés à "quelques petites dizaines" seulement en 1940.

Ensuite, la colonie n'a guère été suivie jusqu'en 1963 où 330 Bouquetins étaient estimés dans le massif de l'Argentera - Mercantour. En effet, depuis 1956, quelques Bouquetins passent régulièrement la belle saison sur le versant français, dans la Réserve Nationale de Chasse du Mercantour. La colonie atteignit même 540 animaux en 1970. Malheureusement, plusieurs éléments, notamment la rigueur des hivers 1973/1974 et 1977/1978 ainsi que le braconnage par des ouvriers d'un barrage hydro-électrique, causèrent une nouvelle baisse de la population avec moins de 400 Bouquetins en 1980.

Depuis, la colonie augmente mais sans régularité : elle connaît des baisses, puis des hausses ou des périodes de relative stabilité.

Les résultats d'une étude fine de la variabilité génétique observée dans les 7 populations majeures de l'ouest de l'Arc alpin, réalisée par Maudet et al. (2002), a montré que la population Alpi Marittime - Mercantour présentait la plus faible variabilité génétique observée. Ce résultat tout à fait attendu si l'on se rapporte à l'histoire de l'origine de ces populations.

Un renforcement génétique de cette population devra être envisagé ultérieurement, si possible dans le cadre d'un partenariat Parc National du Grand Paradis / Parc Naturel Alpi Marittime, afin de toucher plus particulièrement la principale population située sur le versant italien.

Sur le versant français, les premières observations de Bouquetins datent des étés 1955-1956, sur les crêtes frontalières.

Lors de l'hiver 1992/1993, les premiers hivernants sont observés sur le versant français. Mais tout change réellement depuis 1996, puisque l'évolution positive de la population en nombre a favorisé l'hivernage sur le versant français passant de 24 Ibex en 1996/1997 à 166 en 2003/2004.

Cette migration saisonnière est continue depuis le milieu des années 1950. Une partie des Bouquetins du Parc Alpi Marittime viennent donc estiver sur le versant français, du mois de mai au mois d'octobre. Au début des années 1980, 70 Bouquetins étaient observés pour atteindre 150 au milieu des années 1990 (jusqu'à 198 en 1993).

L'augmentation numérique saisonnière n'a pas entraîné une augmentation générale de la population de Bouquetins sur le versant français (hivernants et estivants) mais à plutôt favoriser l'hivernage sur le versant français.

Tableau synthétique présentant l'évolution numérique de la population transfrontalière "Alpi Marittime - Mercantour-Est" :

Site d'hivernage / Hiver
1980
1981
1985
1986
1987
1989
1990
1991
1992
1993
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2005
Mercantour-Est (hiver)
0
0
0
0
0
0
0
0
2
0
0
24
12
22
41
82
83
116
166
200
Alpi Marittime (hiver)
362
443
457
502
458
569
615
560
634
596
667
-
526
680
-
-
680
-
-
650
TOTAL
362
443
457
502
458
569
615
560
636
596
667
-
538
702
-
-
763
-
-
850

En 2005, cette population comptait 850 Bouquetins, dont environ 200 présents à l'année sur le versant français.

En 2008, cette population comptait 650 Ibex côté italien et 250 côté français. Toutefois, compte-tenu des conditions climatiques extrêmement dures de l'hiver 2008/2009, il est probable qu'une baisse des effectifs soit constatée en 2009.

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POPULATION DU NORD-OUEST DU MERCANTOUR


 

La réintroduction

En 1987, un projet de réintroduction est mis en place en relation avec le Parc Alpi Marittime, échelonné sur plusieurs années et portant alors sur un minimum de 20 animaux. A cette époque, le Parc National du Mercantour ne comptait alors aucune population permanente sur son territoire et plutôt que d'attendre un retour naturel très long à mettre en place, l'homme a décidé de "forcer la nature" :

  1. Les 22, 25, 26 et 27 mai et le 17 juin 1987, 13 Bouquetins (5 mâles et 8 femelles) estivant dans le Parc National du Mercantour ont été capturés par téléanesthésie en Haute-Roya (Valmasque) et transportés en hélicoptère jusqu'en haute vallée du Var, plus précisément dans le secteur de Roche Grande, non loin du village d'Entraunes (Alpes-Maritimes - 06). Malgré le braconnage d'un mâle porteur d'une balise Argos dans le massif de l'Estrop (04) en septembre 1987, l'équipe du Parc ne se découragea pas et continua la réintroduction.
  2. Ainsi, le 11 mai 1989, on procéda à la réintroduction de 15 nouveaux Ibex (6 mâles et 9 femelles) à Bayasse, sur la commune d'Uvernet-Fours (Alpes-de-Haute-Provence - 04), là où une partie des femelles lâchées en 1987 avaient commencé à se reproduire. Cette fois-ci, les Bouquetins ont été capturés dans le Val Barra (Parc Alpi Marittime).
  3. L'année suivante, les 21 et 22 mai 1990, 10 Bouquetins (7 mâles et 3 femelles) de Valmasque ont encore été lâchés à Roche Grande (haute vallée du Var).
  4. Pour terminer, les 16, 19 et 20 mai 1994, 10 derniers Ibex (3 mâles et 7 femelles), eux-aussi capturés à Valmasque ont été réintroduits dans le massif des Tours du Lac d'Allos, plus précisément à l'Infiltré, sur la commune de Colmars-les-Alpes (04), dans la haute vallée du Verdon.

Au total, 48 Bouquetins (21 mâles et 27 femelles) ont participé à la création de la population du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour. Ces animaux ont été réintroduits sur 3 sites différents : Roche Grande (06), Bayasse (04) et L'Infiltré (04) distants de plusieurs dizaines de kilomètres.

Plus récemment, des résultats obtenus par Maudet et al. (2002), à l'occasion d'une étude fine de la variabilité génétique observée dans 7 populations majeures de l'ouest de l'Arc alpin, montrent que la proche population "Alpi Marittime - Mercantour" présente la plus faible variabilité génétique observée. La population du Nord-Ouest du Parc étant essentiellement issue de cette population, il a été décidé de renforcer génétiquement cette population, par l'apport de femelles provenant du nord des Alpes. En effet, il est maintenant couramment admis que, contrairement à une petite population issue de bottleneck(s), une population possédant tout son patrimoine génétique sera davantage viable à long terme.

Ainsi, en mai 2005, 10 femelles provenant de la florissante population de Belledonne ont été lâchées dans la haute vallée du Var : 5 côté Roche Grande et 5 côté Tours du Lac d'Allos. En avril 2006, 12 autres femelles, provenant du Parc National de la Vanoise cette fois, ont été lâchées en Ubaye, dans la vallée du Bachelard. Pour plus d'infos, voir : Plan de restauration génétique d'une population de bouquetins des Alpes située dans le Parc National du Mercantour et Réintroduction de 10 femelles dans le cadre du plan de restauration génétique de la population du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour.

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Les 4 noyaux "historiques" de la population

Suite à la réintroduction, la population de Bouquetins du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour se composait de 4 noyaux distincts, avec des échanges réguliers entre eux en été. Désormais, avec l'accroissement de la population, il devient de plus en plus difficile de les différentier. En effet, en été, des Ibex occupent de plus en plus d'espaces entre ces noyaux, si bien qu'ils commencent à former une population en continue.

Voici, brièvement, l' "historique" de ces différents noyaux :

Avant même la réintroduction de Bouquetins sur le site, 3 Bouquetins (2 femelles et un mâle), issus du lâcher de 1987 en haute vallée du Var, s'y sont installées et reproduits. Ensuite, en 1989, 15 animaux furent lâchés sur le site de Bayasse. Seuls 9 Bouquetins participèrent rééellement à la création de la colonie (5 femelles et 4 mâles), puisque 2 mâles et 2 femelles ont émigré en Italie vers la vallée du Stura (où les 2 femelles ont été braconnées en 1990), une femelle a disparu et une autre s'est installée aux Fourches (Haute-Tinée).

Heureusement, ces départs furent rapidement compensés par l'arrivée de 7 animaux : 2 mâles venus naturellement du Parc Alpi Marittime en 1989, 3 mâles et une femelle lâchés en 1990 à Roche Grande et un mâle de l'Alpi Marittime relâché en Haute-Ubaye en 1995.

Au total, 11 mâles et 8 femelles ont participé à la fondation de cette colonie qui devint rapidement la plus attractive et la plus fournie de la nouvelle population du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour. Le taux d'accroissement annuel fut exceptionnel lors des premières années (jusqu'à 43%) avec de nombreuses portées gémellaires. Désormais, ce taux est redevenu "normal" puisque la colonie est maintenant bien implantée.

En 2006, 12 étagnes capturés dans le Parc national de la Vanoise (Tarentaise et Maurienne) ont été relâchés à Bayasse, dans le but d'optimiser la variabilité génétique de la population de Bouquetin du Nord-ouest du Parc national du Mercantour.

Coucher du soleil sur le massif de Roche Grande (Haut-Var). Cliquez sur la photo pour voir l'agrandissement.

Photo: © Jean-Louis COSSA - Parc National du Mercantour (www.parc-mercantour.fr)

Malgré 2 opérations de réintroduction sur le site (1987 et 1990), totalisant 23 Bouquetins, seuls 4 animaux sont à l'origine de la fondation de cette colonie.

Sur les 8 femelles issues du premier lâcher, 3 ont rapidement trouvé la mort quelques jours après le lâcher, 2 ont émigré vers le site de Bayasse et une a disparu. 2 femelles du premier lâcher seulement ont donc participé à la création de la colonie. Chez les mâles, sur les 5 animaux lâchés, 4 ont émigré vers le massif de l'Estrop (Alpes-de-Haute-Provence), plusieurs dizaines de kilomètres à l'ouest du site de lâcher, et un dernier s'est sédentarisé à Bayasse.

En 1990, sur les 7 mâles lâchés, un seul s'est sédentarisé sur le site. 3 ont émigré vers le massif de l'Estrop et 3 se sont installés à Bayasse. De plus, contrairement à la colonie de Bayasse, aucun apport de Bouquetins exogènes n'est venu enrichir la population lors des premières années.

Heureusement, la colonie connut un fort taux d'accroissement et semble aujourd'hui "rattraper son retard" puisqu'elle comprend une centaine d'individus en 2003. 144 Ibex ont été comptés en 2005. A noter également qu'en 2005, 5 étagnes capturés dans le massif de Belledonne ont été relâchés à Roche Grande, dans le but d'optimiser la variabilité génétique de la population d'Ibex du Nord-ouest du Parc national du Mercantour.

Il s'agit du seul noyau de la population du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour qui n'a pas pour origine de réintroduction puisque tous les individus fondateurs ont essaimé depuis des colonies proches.

En fait, une seule étagne est à l'origine de la fondation de cette colonie, qui date de 1989 : il s'agit d'une étagne lâchée à Bayasse en mai 1989. Par chance, durant la période de rut de 1989, un mâle lâché à Bayasse resta le temps des accouplements, ce qui permit la naissance d'un cabri en 1990. L'hiver suivant, un mâle de cinquième année (non marqué) participait au rut.

Par la suite, d'autres bouquetins se sont installés participant à la création du second noyau de Rabuons.

Ce noyau de population est le dernier créé dans la population du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour, puisque sa fixation date de 1994, année où 10 Ibex ont été réintroduits à l'Infiltré, sur la commune de Colmars-les-Alpes, dans la haute vallée du Verdon (04). Sur les 10 animaux lâchés (3 mâles et 7 femelles), 7 ont participé à la création de cette colonie (2 mâles et 5 femelles). En effet, 1 mâle est parti dans la Valle Maïra, en Italie (où il a fondé une colonie avec 2 femelles réintroduites en 1995 en Haute-Ubaye) et 2 femelles sont mortes sur le site, la première quelques jours après le lâcher, la seconde trouvée foudroyée un mois après.

Avec l'arrivée d'un mâle en 1994 (provenant d'un autre noyau du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour) et d'un autre en 1997, on peut dire que 9 animaux (4 mâles et 5 femelles) ont participé à la création de la colonie des Tours du Lac d'Allos. A noter également qu'en 2005, 5 étagnes capturés dans le massif de Belledonne ont été relâchés dans les Tours du lac d'Allos, dans le but d'optimiser la variabilité génétique de la population d'Ibex du Nord-ouest du Parc national du Mercantour.

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Territoires occupés par la population actuelle

Si la population actuelle reste encore structurée en noyaux principaux, l'accroissement de la population actuelle se manifeste par la colonisation de nouveaux espaces, entre les noyaux eux-mêmes mais aussi en périphérie des noyaux.

Comme on l'a vu précédemment, la vallée du Bachelard abrite le principal noyau, en nombre d'individus, de la population du Nord-Ouest du Parc. En effet, la rive droite de la vallée du Bachelard compte plus de 300 Bouquetins. Les secteurs d'hivernage se répartissent tout le long de cette vallée, des gorges du Bachelard jusqu'à l'entrée du vallon de Moutières en amont de Bayasse.

Le noyau du Mont des Fourches - Ténibres, dans la haute vallée de la Tinée, présentent lui aussi plusieurs secteurs d'hivernage, dont le principal se trouve au Mont des Fourches En 2000, en haute vallée de Tinée toujours mais beaucoup plus au sud des Fourches, une nouvelle zone a été occupée dans le vallon du Rabuons, en contrebas du Mont Ténibre. Elle marque l'accroissement de ce noyau vers le sud et la jonction avec les colonies franco-italiennes issues de la population "Argentera-Mercantour".

En été, la continuité est assurée entre le Bachelard et le Mont des Fourches et les deux noyaux fonctionnent comme une seule entité. En effet, des Bouquetins fréquentent le secteur de Restefond et de Moutières, ainsi que le fond des vallons de Grange Commune et de Pelouse, à mi-chemin entre les deux noyaux. Cette continuité s'est encore renforcée récemment, avec la découverte d'une nouvelle zone d'hivernage occupée par un mâle et une femelle durant l'hiver 2006/2007, sur l'adret au dessus du village de Saint-Dalmas-le-Selvage.

Le second noyau de population, en nombre d'individus, se situe sur la rive gauche de la haute vallée du Var, dans le secteur de Roche Grande principalement, là où ont eu lieu les lâchers de 1987 et 1990. En 2005, il comptait 144 individus.

Il a rapidement débordé vers l'est, en rive droite de la vallée de Tinée, entre le Pra et Demandols. Ce noyau accroît régulièrement son territoire, vers le sud-est notamment, dans le secteur du Mont Mounier. En été, les individus de ce noyau sont en contact avec ceux du Bachelard et du Monts des Fourches, via le massif de Sanguinière (au nord de Roche Grande) fréquenté en été par les Ibex.

Enfin, en ce qui concerne les Tours du lac d'Allos, au sud-ouest de la population, les Bouquetins de ce secteur occupent les versants de part et d'autre de la crête s'étendant de la Tête de Valplane au sommet du Lauson, en passant par les suberbes Tours du Lac d'Allos (2742 mètres) et la crête entre ces dernières et la Tête du Moulin de Bertrand. En 2006, l'effectif était de 85 individus.

Sans être isolé des précédents noyaux, ce dernier évolue tout de même un peu plus isolément. En effet, à la différence du noyau de Roche Grande, l'espace entre le Bachelard et les Tours du lac d'Allos ne semble pas être occupé, même saisonnièrement, par les Bouquetins. Seuls des passages sont notés jusqu'à présent.

1. Vers le nord et vers l'est, depuis le Bachelard et/ou le Mont des Fourches

Il y a quelques années, des petits groupes de mâles étaient observés, très tôt dans la saison, dans l'adret du vallon d'Abriès (commune de Jausiers), au nord des colonies du Bachelard et du Mont des Fourches, ce qui laissait présager un hivernage. Lors de l'hiver 2006/2007, il a été prouvé pour la première fois avec l'observation d'une dizaine d'animaux .

En été, des groupes de Bouquetins occupent le massif de l'Enchastrayes, notamment entre les vallons du Lauzanier et de Pelouse (France) et le vallon du Puriac (Italie), toujours au nord des colonies précédemment citées. On sait qu'au moins une partie de ces individus provient du noyau du Bachelard et du Mont des Fourches. En effet, une étagne capturée en Vanoise et relâchée dans le Bachelard en avril 2006 a estivé dans cette zone ; elle a vraisemblablement suivi un groupe de femelles qui faisait déjà le déplacement.

Mais il est aussi très vraisemblable que des Bouquetins viennent aussi de la population installée en rive droite de la vallée italienne de la Stura.

2. Vers le sud-est, depuis le mont des Fourches

En été, les individus du noyau du Mont des Fourches - Ténibres estivent au delà du Mont Ténibre vers le sud. Ici, ils se trouvent en contact avec des Ibex de la colonie de la Ciastella, issue d'une émigration depuis le Parc Alpi Marittime. Le noyau des Fourches-Ténibre se trouve donc être actuellement une colonie centrale, qui établit la jonction entre la population du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour et celle de l'Argentera - Mercantour.

Dans le même temps, la colonie de Ciastella a colonisé la rive droite vallée de la Stura (Italie), en remontant jusqu'au col de Larche. Si bien qu'actuellement, tous les vallons sont occupés par les Ibex. En 2008, Une population de 170 individus est installée.

3. Vers le sud-ouest, depuis les Tours du lac d'Allos

Le noyau des Tours du lac d'Allos, après avoir colonisé une grande partie du biotope favorable, a commencé à s'étendre géographiquement. Pas encore vers le nord (vers le Bachelard) comme on aurait pu le penser, mais vers le sud, de l'autre côté du col des Champs.

En effet, lors de l'hiver 2006/2007, un groupe de 5 animaux (mâles et femelles confondus) a été observé aux Aiguilles de Pelens, au nord-est du massif du Coyer, massif situé entre la vallée du Verdon et la vallée du Var. Durant l'été 2008, une harde de 8 animaux a été observée. Ce noyau comprend actuellement une dizaine d'individus.

4. Vers l'ouest, depuis le Bachelard

La présence d'une quinzaine de Bouquetins dans le massif de l'Estrop, seulement avérée depuis 2007, traduit une colonisation depuis le noyau du Bachelard. Le fait que des naissances aient lieu sur place et que des animaux y passent l'hiver indique que cette nouvelle petite colonie évolue indépendemment du noyau du Bachelard (même si des échanges peuvent et doivent toujours avoir lieu). Pour plus d'informations, voir la page : Colonie de Bouquetins du massif de l'Estrop.

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Effectif de la population actuelle

Voici l'évolution démographique de la population de Bouquetins du Nord-Ouest du Parc National du Mercantour, à travers un tableau synthétique :

ANNEES
Roche Grande - Demandols - Mounier
Bachelard
Tours du lac d'Allos
Monts des Fourches - Ténibre
Population Nord-Ouest du Parc
1987
3
3
-
-
6
1988
3
5
-
-
8
1989
3
21
-
1
25
1990
5
34
-
2
41
1991
7
43
-
3
53
1992
11
55
-
4
70
1993
18
68
-
5
91
1994
26
84
10
5
125
1995
34
104
12
5
155
1996
45
124
12
5
186
1997
42
160
16
7
225
1998
49
183 (E)
19
9
260
1999
66
211 (E)
24
12
313
2000
73
242
31
13
359
2001
82 (E)
253 (E)
35
18
388
2002
94
264 (E)
47
19
424
2003
108 (E)
275
53
30
466
2004
124 (E)
57
36
502
2005
144
74
546
2006
85
2008
353
720

(E) = estimation de la population. L'effectif ne repose donc pas sur des comptages.

A noter que le principal noyau, celui du Bachelard, semble arriver désormais à saturation et ne croît donc que très peu.

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POPULATION DE LA HAUTE VALLEE DE L'UBAYE


 

La réintroduction

Lâcher d'un Bouquetin mâle dans les Rochers de Saint-Ours en mai 1995. Cliquez sur la photo pour voir l'agrandissement.

Photo : © Robert ESTACHY - Parc National du Mercantour (www.parc-mercantour.fr)

La seconde opération de réintroduction de Bouquetins des Alpes fut organisée en mai 1995, dans les 1.800 ha de la Réserve de Chasse des Rochers de Saint-Ours créée pour l'occasion (zone périphérique du Parc National du Mercantour), à l'initiative de la commune de Meyronnes.

Les Rochers de Saint-Ours culminent à 3088 mètres d'altitude et se situent à l'entrée sud du massif de la Haute-Ubaye (s'étirant, au nord, jusqu'au Mont Viso, en Italie). Cette zone frontalière de haute montagne comporte des milliers d'hectares potentiellement favorables à l'espèce. Par ailleurs, la situation géographique de la colonie permettra la recolonisation de la haute vallée de l'Ubaye et favorisera les échanges entre les populations du Mercantour et du Mont-Viso - Queyras.

Les 9 et 10 mai 1995, 10 Bouquetins (4 mâles et 6 femelles) provenant du Parc National de la Vanoise sont transportés en hélicoptère jusqu'à la base des Rochers de Saint-Ours, où ils sont relâchés.

Ensuite, du 16 au 19 mai 1995, 10 autres Ibex (6 mâles et 4 femelles), provenant de la population de l'est du Parc National du Mercantour (secteur de Valmasque en Haute-Roya), sont également transportés en hélicoptère et relâchés à Meyronnes.

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L'historique de la fondation de la population

Rapidement, les Bouquetins relâchés partirent à la découverte de leurs vastes territoires. Voici quelques déplacements rapidement constatés les mois suivants le lâcher :

Extrémité méridionale des Rochers de Saint-Ours. Cliquez sur la photo pour voir l'agrandissement.

Photo : © M. GIDON (http://www.geol-alpes.com/h_ubaye/pages_ubaye_haute/st_ours_Rrs.html)

Finalement, les 3 mâles partis vers le Mont-Viso ainsi que le mâle observé au Bric Froid réintrègrèrent la Haute-Ubaye, aboutissant ainsi à la création de 3 colonies lors de l'hiver 1995/1996 :

En plus des 8 adultes et 2 cabris n'ayant pas quitté le site de réintroduction, un mâle de Vanoise lâché dans le Queyras en 1997 (baptisé "Bambi"), prit part au rut 1995 dans les Rochers de Saint-Ours.

Au total, 9 adultes (3 mâles et 6 femelles) ont donc participé à la création de la colonie des Rochers de Saint-Ours.

Un mâle "Vanoise" (parti vers le Viso durant l'été) ainsi qu'un autre mâle "Mercantour" (lui aussi parti vers le Viso) s'établirent pendant l'hiver sur le site, en compagnie de 3 femelles indeterminées, certainement en provenance du Mont Viso. Ces 5 animaux sont à l'origine de la colonie dès l'hiver 1995/1996.

Plus tard, deux mâles "Vanoise" (lâchés dans le Queyras), baptisés "Viso" et "Jupiter", prirent part au rut en 1998 sur le site de Font-Sancte, ainsi que deux mâles "Argentera" (lâchés en Valle Maïra en Italie) en 2001.

Ainsi, 9 Ibex (6 mâles et 3 femelles) ont participé à la création de cette colonie.

Cette petite colonie italienne a pour origine une femelle de Vanoise, une femelle du Mercantour, son cabri et un mâle du Mercantour. Celle-ci a fortement augmenté depuis, suite à la réintroduction de 10 animaux en 2000. Elle se situe dans la Valle Maïra/Apsoï, dans le massif du Croce Provenzale.

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Territoires occupés par la population actuelle

Cette colonie se situe sur la rive droite de l'Ubaye, sur le versant sud du massif de Font Sancte - Sommet Rouge (entre 1700 et 3387 mètres). Durant l'été, les Bouquetins fréquentent l'ensemble de la haute vallée de l'Ubaye, jusqu'au massif du Mont Viso au nord, entre la haute vallée du Guil (France), le Val Varaïta et le Valle Maïra (Italie).

Il semble aussi qu'à la belle saison, des groupes fréquentent le versant nord du massif de Font Sancte, c'est-à-dire la les vallons du Mélezet et du Cristillan, au dessus de Ceillac dans le Parc Naturel du Queyras (Hautes-Alpes). Pour plus d'informations, voir : Populations de Bouquetins du Parc naturel régional du Queyras.

Les animaux fréquentent le secteur de Saint-Ours et de Reyssole au dessus du village de Saint-Ours. Des individus passent l'été à l'est dans le massif de l'Oronaye et au nord dans celui du Chambeyron.

Quelques observations laissent supposer que des individus fréquentent aussi le massif de l'Enchastrayes durant l'été, au sud de Saint-Ours, en traversant le col de Larche.

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Effectif de la population actuelle

Voici l'évolution du nombre de naissances dans la population de Haute-Ubaye, à travers un tableau synthétique :

Années / Colonies
Saint-Ours - Reyssole
Font Sancte
TOTAL Haute-Ubaye
1995
2 (2 femelles)
0
2
1996
3 (2 femelles, 1 mâle)
1 (1 mâle)
4
1997
5
0
5
1998
8
4
12
1999
9
4
14
2000
11
4
15
2001
11
4
15
2002
11
8
19
2003
14
11
25
TOTAL
74
36
110

Un minimum de 110 cabris est donc né en Haute-Ubaye entre 1995 et 2003.

Voici l'évolution numérique de la colonie :

Si les échanges semblent très réduits avec les populations du Parc National du Mercantour, ils sont nombreux avec les colonies situées au nord-est, en Italie mais aussi en France : Rive gauche du Valle Stura, Valle Maïra, Valle Varaïta, Valle Pô, Valle Pelice, Haut-Queyras...

Voici les effectifs des autres populations situées au nord et à l'est des deux colonies de Haute-Ubaye :

Une véritable dynamique s'opère dans cette région transfrontalière, au nord et à l'est de la Haute-Ubaye, avec plus de 700 Ibex. Si l'on y ajoute les 200 Ibex de la population de Haute-Ubaye, une métapopulation de près de 1000 individus occupe la zone Haut-Queyras - Mont-Viso - Haute-Ubaye.

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ANNEXES


Répartition spatiale du Bouquetin des Alpes dans l'espace Alpi Marittime - Mercantour (Carte : © PARC NATIONAL DU MERCANTOUR)

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Bibliographie :

  • ORMEA Patrick (Parc National du Mercantour), com. pers. (Mails datés de décembre 2002 à août 2009).
  • WEBER Eric, 1994. - Sur les traces des Bouquetins d'Europe. - Edition Delachaux et Niestlé. 176 p.

Je tiens à remercier infiniment tous les agents de terrains (gardes-moniteurs et techniciens) du Parc National du Mercantour et du Parco Alpi Marittime qui suivent avec passion toutes ces populations de Bouquetins, ainsi que toutes les richesses naturelles de ce territoire d'exception. Un merci plus particulier à Patrick ORMEA, garde-moniteur du Parc National du Mercantour (secteur de la Vésubie), qui m'a fourni un nombre impressionnant de dossiers, de tableaux et de photos sur les Bouquetins du Mercantour et sans qui cette page serait beaucoup moins riche et complète qu'elle ne l'est actuellement.

Copyright © 2003-2009 - Mathieu Krammer - Tous droits réservés


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