Page mise en ligne le 2 Août 2005 - Page dernièrement modifiée le Mardi 2 Août 2005


RANDONNEE DANS LE MASSIF DES CERCES (HAUTES-ALPES)

13/04/2005


Etagne "au sel" : " Les bouquetins lèchaient avidement une pierre plate, disposée aux abords immédiats du chemin. Recherchant le sel nécessaire à leur équilibre physiologique, les bouquetins comme tous les animaux de la montagne (chamois, marmottes…) apprécient tout particulièrement cet élément. "

Photo : © Mathieu Krammer.

Etagne et son cabri : " Un petit moment d'émotion lorsque, debout sur une grosse pierre de l'éboulis, un cabri vient téter sa mère. Rien ne vaut la tétée maternelle ! "

Photo : © Mathieu Krammer.

Bouquetin d'un an (né en 2004) : " Les téméraires femelles sont rapidement rejoints par des jeunes d'un an (éterles ou éterlous), puis par leurs cadets : les cabris de l'année. "

Photo : © Mathieu Krammer.

Cabri de l'année : " Les téméraires femelles sont rapidement rejoints par des jeunes d'un an (éterles ou éterlous), puis par leurs cadets : les cabris de l'année. "

Photo : © Mathieu Krammer.

Une partie de la chevrée : " Un, puis deux, puis trois puis toute une harde, descend, avec une aisance déconcertante, les falaises de l'Aiguillette, pour rejoindre l'éboulis en contrebas à 2100 mètres d'altitude. "

Photo : © Mathieu Krammer.

Petit groupe : " C'est alors qu'à une cinquantaine de mètres du sentier, au bord de falaises invisibles à nos yeux, se repose une petite harde de 7 Bouquetins : toujours des femelles et leurs jeunes… "

Photo : © Mathieu Krammer.

Après un réveil matinal sur les coups de 5h, je prends la voiture en compagnie de mon père. Direction le Pont de l'Alpe, juste en dessous du col du Lautaret, dans la haute vallée de la Guisane. La randonnée de ce matin du 27 juillet 2005 a pour cadre le splendide massif des Cerces, en zone périphérique du Parc National des Ecrins, secteur du Briançonnais.

Le départ est donné vers 6h00 du matin. Une demi-douzaine de voitures sur le " parking " du Pont de l'Alpe, ainsi que le départ d'un couple en même temps nous, renseignent sur le fait que nous ne serons pas seuls, malgré l'horaire particulièrement matinale. Au premier lacet, un panneau, financé par le programme Life Loup, indique la présence de chiens de protection et la conduite à tenir en cas d'interférences. En effet, ce massif est une belle zone de pâturage pour de nombreux troupeaux bovins ou ovins. Le premier raidillon nous met rapidement dans le bain et en jambe ! Au bout de quelques dizaines de minutes, après avoir longé un pré-bois de mélèzes et pins sylvestres et avoir dérangé un Merle noir dans son buisson, nous atteignons les alpages verdoyants de l'Alpe du Lauzet, au pied de la massive, imposante et verticale Aiguillette du Lauzet. Riche en vires herbeuses, mais aussi en parois vertigineuses et verticales, cette citadelle calcaire fait le bonheur des Bouquetins… et des varappeurs, puisqu'une via-ferrata y est installée.

Le petit hameau d'altitude (1900 mètres environ) de l'Alpe du Lauzet est calme et paisible à cette heure. Seuls quelques cris de marmottes et les tintements d'un troupeau de vaches au loin, viennent troubler la quiétude du lieu, situé entre l'Aiguillette du Lauzet (2717 mètres), les Arêtes de la Bruyère (2611 mètres) et les falaises de Roche Colombe (2832 mètres). Sur les sommets bien exposés, le soleil pointe ses premiers rayons.

Nous dépassons alors les petites habitations d'altitude et poursuivons notre marche, en direction du cœur du massif. Nous longeons alors de grands éboulis, au pied du versant nord-ouest de l'Aiguillette du Lauzet. C'est alors que des bruits de pierre qui roulent dans la pente et se fracasse dans l'éboulis attirent notre attention… Rapidement, plusieurs " pierres " se mettent à marcher sur les vires herbeuses de l'Aiguillette : les Bouquetins ! Un, puis deux, puis trois puis toute une harde, descend, avec une aisance déconcertante, les falaises de l'Aiguillette, pour rejoindre l'éboulis en contrebas à 2100 mètres d'altitude. Il s'agit d'une chevrée, composée d'étagnes (femelles du bouquetins), d'éterlous, d'éterles (jeunes de l'année précédente) et de cabris de quelques mois, puisque nés début juin… Les jeunes, joueurs comme tous les bébés animaux, se mettent des petits coups de têtes, tout en descendant la pente !

Il est alors 6h30. Les animaux, bien que nous ayants repéré, avancent dans l'éboulis, en direction du sentier… donc de nous ! Des étagnes téméraires nous rejoignent bien rapidement et, finalement, se laissent approcher à une distance étonnamment faible de moins de 10 mètres. J'ai rapidement compris la cause de cette relative confiance. Les bouquetins lèchaient avidement une pierre plate, disposée aux abords immédiats du chemin. Recherchant le sel nécessaire à leur équilibre physiologique, les bouquetins comme tous les animaux de la montagne (chamois, marmottes…) apprécient tout particulièrement cet élément. Ayant d'abord cru que cette "saline " était naturelle, j'ai contacté un spécialiste de cette espèce qui m'a confirmé que, dans ces zones pastorales, des pierres plates étaient régulièrement couvertes de sel pour les troupeaux (vaches, moutons…). Les animaux sauvages profitent eux-aussi de ces sources en sel, faciles d'accès. Cependant, je ressens que les bouquetins n'apprécient guère ma présence si proche puisque, lorsque je bouge malencontreusement, elles regardent dans ma direction, n'hésitant pas à siffler (d'énervement !) à la manière du chamois. Je me recule alors un peu et elles retrouvent leur calme naturel. Les téméraires femelles sont rapidement rejoints par des jeunes d'un an (éterles ou éterlous), puis par leurs cadets : les cabris de l'année. Ces jeunes, méfiants mais curieux, s'approchent avec prudence de l'étranger que je suis, mais sans inquiétude. Les interactions entre les animaux se manifestent par de petits coups de cornes, entre femelles, mais aussi entre une femelle et un jeune, lorsque ces derniers viennent eux-aussi lécher le sel alors qu'une femelle s'en repaît. Décidément, le sel leur plaît !

Si quelques étagnes montrent un intérêt évident pour cette saline, d'autres restent dans le haut de l'éboulis, confortablement allongées sur des pierres plates. Les jeunes sont à proximité, certains jouant comme des petits fous, d'autres se reposant également. Une étagne se gratte gracieusement la tête avec sa patte … arrière ! Quelle souplesse ! Un petit moment d'émotion lorsque, debout sur une grosse pierre de l'éboulis, un cabri vient téter sa mère. Rien ne vaut la tétée maternelle ! Voici un petit récit de cette heure d'observation et de photos, très intéressantes pour le passionné que je suis.

A 7h30, nous décidons de poursuivre notre randonnée. Le sentier longe le torrent du Rif, encadré par une très forte pente ponctuée de falaises, éboulis et pelouses abruptes sur son versant droit. Le versant gauche où nous cheminons est plus doux, au milieu d'une pelouse alpine parsemé de gros blocs rocheux. C'est alors que les ailes très blanches d'un petit passereau attirent mon attention. Je sors mes jumelles lorsqu'il se pose dans l'herbe : il s'agit d'une Niverolle alpine, aussi appelée pinson des neiges. Pouvant être observé jusqu'à près de 4000 mètres, cet oiseau, évoluant dans les étages alpin et sub-nival, est typique de la haute-montagne. Plus loin, sur le bord du torrent, à côté d'une Bergeronnette des ruisseaux, un passereau sombre de taille respectable attire mon attention : un Cincle plongeur !

Peu après, à la jonction de deux chemins, la montée se fait moins rude. Nous sommes au milieu d'un paysage paradisiaque (pour moi !), très sauvage, de pleine montagne, où alternent pelouses plus au moins pentues, vastes éboulis, crêtes rocheuses, chaos rocheux, ruisseaux… Les cris de marmottes sont de plus en plus nombreux. Sur les rochers, je ne compte plus les Traquets motteux, oiseau des pelouses et rochers de montagne, perchés sur leurs promontoires.

Maintenant, le soleil ayant dépassé la ligne de crête, il inonde la montagne de sa lumière et sa chaleur. Je me suis rarement senti aussi bien !

Puis, des aboiements se font entendre. Curieux, je jumelle les environs et remarque, à plusieurs centaines de mètres, un troupeau d'ovins entre pelouses et éboulis. Arrivés au dessus de celui-ci, sur le versant opposé du troupeau, j'aperçois un troupeau de plusieurs centaines de Brebis. Le berger est ici, accompagné de deux chiens de berger Border collies et de deux Patous des Pyrénées. Les loups n'ont qu'à bien se tenir. Car ici, contrairement à la randonnée précédente effectuée en Vallouise, le loup est de la partie. S'il n'est pas présent à l'année dans le secteur, des individus de la meute voisine de Moyenne-Maurienne (de l'autre côté de la ligne de crête, en Savoie) effectuent des incursions remarquées en été, dans le massif des Cerces. Ce troupeau protégé a donc beaucoup moins à craindre du loup et des chiens, que d'autres troupeaux non protégés. Cela met du baume de voir que certains éleveurs acceptent de se protéger, quand les médias ne parlent que des éleveurs hostiles à toutes mesures de protection car : " accepter ces mesures, c'est accepter le loup ". Cependant, la cohabitation passe par là et certains montrent l'exemple.

Je n'ai pas pu parler avec le berger mais je suis certain que, comme la quasi-totalité des bergers, il n'est pas FAVORABLE au loup en soi. Il est clair que l'animal apporte des problèmes supplémentaires. Cependant, cet éleveur, comme certains autres, ont compris que le loup était de retour, qu'il avait sa place dans la montagne et qu'à défaut de l'accepter pleinement, il fallait apprendre à vivre avec, à cohabiter. De plus, inutile de vous dire qu'en dehors du fait que la présence humaine évite les prédations, la présence de ce berger permet de guider le troupeau vers les zones les plus favorables et évitent ainsi des zones sur-pâturées et d'autres qui ne le sont pas. Justement, un panneau présent au niveau du hameau pastoral de l'Alpe du Lauzet indique qu'une collaboration est effective entre le Parc National et les bergers du massif, afin que les zones d'hivernage du Bouquetin des Alpes (très localisées) soient épargnées par la dent des moutons. La présence humaine n'a donc que des avantages : protection contre les prédations du loup, du chien… ; surveillance et choix des zones que le troupeau doit ou ne doit pas pâturées ...

Au bord du sentier, belle rencontre avec deux Anes, particulièrement sympathiques et qui ne dédaignent pas quelques caresses amicales ! Ne sont-ils pas bien ici, en pleine nature ?! Maintenant, le sentier longe la face nord des Arêtes de la Bruyère, présentant à leur base (à gauche du sentier) un impressionnant chaos de rochers. Les Marmottes ne s'y sont pas trompées et ont investi les lieux en nombre. Certaines broutent l'herbe (réserves de graisse obligent), d'autres se font dorer au soleil… Alors que je m'approche pour les photographier, je me retourne en direction de mon sac à dos resté sur le sentier et aperçoit, une centaine de mètres au dessus de moi, sur une crête, la silhouette d'un chien patou qui me regarde ! Voyant que je ne constitue aucune menace pour le troupeau, il rebrousse chemin. Puis, des sifflements percent le silence magistral du lieu. Se sont ceux, caractéristiques, d'une petite troupe de Chocards à bec jaune en vadrouille, du côté des Arêtes. Rapidement, ils sont suivis d'un Faucon crécerelle en chasse, au dessus des éboulis et des rochers des Arêtes, à la recherche d'un petit rongeur insouciant.

Nous arrivons alors au pied de la partie nord des Arêtes de la Bruyère, avec un panorama impressionnant sur les crêtes et les sommets du Massif des Cerces : en regardant vers le nord, d'est en ouest, nous avons : le Pic de la Moulinière, le Col de la Ponsonnière, Roc Termier… Une centaine de mètres en contrebas se trouvent les eaux couleur azur du Grand Lac. Nous sommes ici à la jonction de deux sentiers : celui que nous avons emprunté et qui poursuit vers les crêtes du massif du Grand Galibier, ainsi que le sentier qui monte depuis l'Alpe du Lauzet, mais via le Grand Lac en contrebas cette fois.

Nous décidons alors de prendre notre petit déjeuner face à ce superbe panorama, à une dizaine de mètres des sentiers. Ceux-ci sont très fréquentés puisque plusieurs couples et familles de randonneur arrivent à notre hauteur. D'ailleurs, cette importante fréquentation estivale de l'ensemble du massif n'est pas sans causer de problèmes à la population de Bouquetins du massif des Cerces (265 individus comptés en novembre 2004) …

C'est alors qu'à une cinquantaine de mètres du sentier, au bord de falaises invisibles à nos yeux, se repose une petite harde de 7 Bouquetins : toujours des femelles et leurs jeunes… Les animaux nous ont repéré mais, sans aucune inquiétude et à juste titre, n'achèvent en rien leur repos au soleil. Pour l'anecdote, une famille de randonneurs s'arrête à la jonction des deux sentiers, à une dizaine de mètres de nous et à une cinquantaine de mètres de la petite troupe. Alors qu'ils observent attentivement les alentours pendant une dizaine de minutes, ils ne remarquent pas la demi-douzaine de bouquetins à portée de leurs yeux. Preuve s'il en est du mimétisme important du bouquetin dans son domaine. Finalement, la dame les repère et chuchote : " Regardez, des chamois ! ".

Après s'être rassasiés de ce paysage sublime de montagne, nous entamons à contre-cœur la redescente vers la vallée. Sur un rocher, c'est cette fois-ci un Accenteur alpin, passereau aussi montagnard que la niverolle, et un Rouge-queue noir, qui se laissent observer. Les marmottes se montrent autant, voire même plus, qu'à l'aller, pour notre plus grand bonheur. Un peu plus bas, c'est un groupe de 20-30 randonneurs que nous rencontrons …

Au pied de l'Aiguillette du Lauzet enfin, si les bouquetins ont disparu des abords du sentier où ils se trouvaient quelques heures plus tôt, des Ibex sont toujours présents, vers le haut de l'éboulis, broutant les quelques touffes d'herbe qui réussissent à pousser dans cet espace inhospitalier. Je ne compte plus les randonneurs, couples, groupes ou familles, que nous croisons. Arrivés à l'endroit même où nous avons observé la chevrée de ce matin, c'est un tout autre groupe que je remarque. Il s'agit d'une quinzaine de personnes, encordées et casquées, qui montent vers la via-ferrata de l'Aiguillette du Lauzet. Les Bouquetins de ce matin ont certainement trouvé un endroit paisible où passer la journée mais c'est vrai que ce genre d'activités ne doit pas être son incidence sur la population.

Le retour s'effectue par le même itinéraire qu'à l'aller.

Il est alors 11h00 lorsque nous retrouvons la voiture.

Pour résumé, cette randonnée a été un bon aperçu de la montagne actuelle, avec sa faune sauvage, ses activités pastorales traditionnelles et ses nouvelles activités en pleine effervescence. Au cours de ce court séjour dans les Hautes-Alpes, j'aurai effectué deux randonnées : celle-ci et une en Vallouise dans la zone centrale du Parc National des Ecrins. Les deux troupeaux ovins observés étaient tous protégés par des patous, ainsi que par des parcs de regroupement nocturne (pour cette randonnée, je n'ai pu l'observer car nous avons arrêtés notre courte rando avant mais je l'avais observé un peu plus haut il y a quelques années de cela). Une présence humaine était également effective auprès des deux troupeaux. Pourtant, le loup n'est présent que de manière ponctuelle dans les Cerces et de manière rarissime en Vallouise. Comme dit le proverbe, " Mieux vaut prévenir que guérir ". Certains l'ont compris et tout le monde est gagnant.


Retour vers le haut de la page

Retour vers la page précédente

Retour vers la page d'accueil