Page créée le 5 Mai 2005 - Page dernièrement modifiée le Jeudi 5 Mai 2005


COMPTAGE DE BOUQUETINS DES TOURS DU LAC D'ALLOS (HAUT-VERDON - PN DU MERCANTOUR)

17/08/2004


Informé par Patrick Orméa (garde moniteur du Parc National du Mercantour - secteur Vésubie) d'un comptage de Bouquetins dans la haute vallée du Verdon (via internet), je décidai de m'y rendre sans hésitation, en compagnie de mon père, afin d'étoffer un peu mes observations, de randonner en montagne et de rencontrer des personnes passionnées par cette espèce et la montagne en général.

Vue sur le versant Haut-Var depuis le col Rond : " Le paysage est vraiment grandiose (...) En dessous de nous s'étend le vallon d'Aiglière et ses infinis éboulis et pelouses rocailleuses ".

Photo : Mathieu Krammer.

Le point de rendez-vous était fixé à Allos, devant l'Office du Tourisme / Maison du Parc, le 17 août 2004 à 5h00 du matin. Arrivés au point de rendez-vous, nous avons rencontré les gardes-moniteurs du secteur du Haut-Verdon dans leur bureau. Jean-Luc, le chef de secteur, définit les différents postes fixes et mobiles aux gardes-moniteurs et autres "compteurs" (car il y a aussi des agents de l'ONF, des stagiaires ou des passionnés comme moi) participant à cette opération. La colonie qui fait l'objet de ce comptage est celle des Tours du Lac d'Allos (fondée en 1994 par réintroduction) mais fait partie de la population grandissante du Nord-Ouest du Parc National (entre les hautes vallées du Verdon, du Var, du Bachelard et de Tinée). De l'autre côté, des gardes-moniteurs du secteur du Haut-Var participent également à ce comptage.

Nous montons alors en voiture avec Patrick Orméa jusqu'au parking de la Maison Forestière du Laus. Nous devons nous trouver en poste fixe au Col Rond, sur le versant Sud des Tours du Lac d'Allos. Nous commençons à marcher à 5h30, en direction du lac. Il fait nuit lorsque nous débutons la balade et le temps ne semble pas propice : de nombreux nuages menaçants bouchent le ciel au nord. A 6h30, nous voyons enfin le splendide Lac d'Allos et ses Tours où nous devons nous rendre.

Première espèce au RDV ? Les Chamois, bien sûr ! A 6h45, deux animaux (une femelle suitée) seront vus sur la crête de l'Adroit de Monier, à l'ouest du Lac d'Allos, se découpant sur le ciel grisonnant du Haut-Verdon. Nous marchons toujours, au dessus du Lac, en direction du Col de l'Encombrette. Rapidement (peu après 7h00), au milieu des cris et des vols des Grands Corbeaux, Chocards à bec jaune et autres Craves à bec rouge, nous verrons nos deux premiers Bouquetins. Il s'agit de deux jeunes mâles, broutant en dessous du col, sur son versant nord (versant Lac d'Allos). Les animaux alternent courtes phases de déplacement et de nourrissage. Quasiment au sommet du col, nous voyons un beau Bouquetin mâle adulte, broutant sur ce col, rapidement rejoint par un autre de ses congénères du même âge et sexe.

Etagne et son petit : " C'est alors qu'on mesure toute l'agilité de ces animaux, notamment des cabris qui, à moins de 4 mois, gambadent déjà comme des grands sur les pentes abruptes ".

Photo : Mathieu Krammer.

A partir du col, nous sortons du sentier pour nous rendre d'abord sous la Petite Tour, puis sous la Grande Tour, pour enfin arrivé au Col Rond. Sur ce parcours, pas de Bouquetins observés à l'aller, mais nous avons bien vite observés une autre femelle Chamois et son cabri, descendant les éboulis en direction du bas de la muraille, versant nord. Patrick a également trouvé ici une plume blanche de Lagopède alpin, relativement nombreux dans le secteur (Encombrette). L'orage commence à gronder et le ciel devient de plus en plus noir. Cela commence à devenir inquiétant mais je me rassure en me disant que je me trouve avec une personne qui connaît bien le terrain et qui s'est déjà trouvée dans de bien pires situations !

Arrivés au niveau de la Grande Tour, il nous faut encore traverser un versant rocailleux jusqu'au col. Ce n'est pas dangereux mais il faut néanmois avoir un minimum le pied montagnard et ne pas trop avoir peur de la pente qui défile sous nos pieds. A 7h55, nous arrivons au col Rond et dérangeons au passage une belle harde de Chamois (une dizaine d'individus, dont des cabris) qui passe du versant Encombrette (exposé à l'ouest) au versant Haut-Var (exposé à l'est). Passant tout près des Bouquetins, la différence de comportement entre les deux espèces est flagrante : alors que les Ibex paraissent calmes, apaisés, sereins, les chamois sont beaucoup plus nerveux et agités.

Ainsi donc, à peine installés, nous n'avons pas de mal à observer nos fameux Ibex : juste sous le col, sur une pelouse rocailleuse, 2 Bouquetins mâles adultes paissent séparement. Nonchalents, ils ne se sont déplacés que d'une cinquantaine de mètres entre notre arrivée (7h55) et notre départ (sur les coups de 11h) !!! Beaucoup plus bas dans les éboulis, 2 adultes mâles sont également présents sur une dalle ainsi que quelques femelles dont une suitée.

Nous sommes donc arrivés à notre poste fixe pour ce comptage. Le paysage est vraiment grandiose. Au nord (à notre gauche), nous pouvons voir la Tête du Lac, la Tour Orientale et la Tour carrée. En face (à l'est), on a une belle vue sur la Roche Grande, où se trouve une importante colonie de Bouquetins également, et la haute vallée du Var. En dessous de nous s'étend le vallon d'Aiglière et ses infinis éboulis et pelouses rocailleuses. Le col où nous nous trouvons, sur la crête perpendiculaire aux Tours du Lac, est frontalier entre le département des Alpes-Maritimes (versant Haut-Var) et le département des Alpes-de-Haute-Provence (versant Encombrette).

Deux mâles dans un groupe de trois animaux : " Nous aperçevons et approchons 3 Bouquetins mâles, se déplaçant sur les rochers en direction de la Petite Tour ".

Photo : Mathieu Krammer.

Tout le long du comptage, le chant des mâles de Perdrix Bartavelles, présents dans les éboulis en contrebas du col, aura impregné l'ambiance de ce lieu. Je crois même avoir entendu le cri très particulier d'un Lagopède ... A 8h10 précisément, à une dizaine de mètres de nous, j'aperçois une belle petite Hermine, au pelage très clair (jaunâtre) et au bout de la queue noir. Elle furette à vive allure l'éboulis, certainement à la recherche d'une de ses proies. Elle disparaît au niveau des premières falaises et quelques secondes plus tard, j'aperçois la même silhouette plus bas. J'en déduis donc que deux animaux étaient présents à cet endroit là.

A 8h40, nous entendons des bruits de pierres qui roulent. Avec le calme qui reigne en pleine montagne, ce bruit attire immédiatement l'attention : il provient de l'éboulis d'un pentu couloir sur notre droite, invisible du fait de petites barres rocheuses. A ce même moment, un garde indique à Patrick (via son talkie-walkie) qu'un groupe de 3 étagnes et 2 cabris arrivent dans notre direction. Sitôt dit, sitôt fait, les premiers animaux (une étagne et son petit) sont aperçus sur ces rochers. Ils sont rapidement suivis par le reste de la troupe. C'est alors qu'on mesure toute l'agilité de ces animaux, notamment des cabris qui, à moins de 4 mois, gambadent déjà "comme des grands" sur des pentes abruptes. Nous suivons pendant plus d'une heure l'évolution de la troupe qui, après avoir brouté un long moment à une dizaine de mètres (en bas à droite) du col, se sont légèrement déplacés vers le nord, en direction des éboulis à gauche du col. Ils passent alors tout près d'un des deux mâles et s'ignorent mutuellement.

Vers 10h00, les deux mâles de tout à l'heure et le groupe de 5 animaux se trouvent sur les éboulis au nord du col : certains dorment (notamment un des mâles dont la tête se balance de droite à gauche !) tandis que d'autres broutent ou ruminent. Les petits sont alors invisibles, cachés par les blos rocheux. Tout en bas, la harde de Chamois dérangée lors de notre arrivée s'est recomposée en un groupe de 15 têtes qui broutent paisiblement sur un replas.

Le moment de plier bagage approchant, la plupart des gardes "mobiles" de ce comptage nous rejoignent au col. Ainsi, un de ceux-ci doit passer par ce fameux éboulis, où sont gîtés nos Ibex. D'abord simplement intrigués, ils tournent la tête en direction de cet homme puis, visiblement importunés, se lèvent. Certains sifflent, pas contents d'avoir ainsi été dérangés ! Mais, à la différence des chamois, ils restent calmes et ne s'éloignent que de quelques mètres du garde. Un des deux mâles se joindra alors au groupe de deux mâles présents plus bas. Sur notre col, le temps vire (heureusement) au beau et avec les rayons chauffants du soleil, le casse-croûte tant attendu devient très agréable !

Deux Bouquetins adultes mâles : " Un peu plus loin, entre la Petite Tour et le col de l'Encombrette, rebelotte ! Deux adultes mâles se déplacent entre les rochers ".

Photo : Mathieu Krammer.

Peu avant 11 heure, nous repartons tranquillement par le même chemin qu'à l'aller, en direction du col de l'Encombrette. Heureusement, les observations ne s'arrêterons pas là : au niveau de la Petite Tour, sur le versant Encombrette, nous aperçevons et approchons 3 Bouquetins mâles, se déplaçant sur les rochers en direction de la Petite Tour. Les deux premiers sont assez jeunes, le troisième plus vieux. Un peu plus loin, entre la Petite Tour et le col de l'Encombrette, rebelotte ! Deux adultes mâles se déplacent entre les rochers, certainement à la recherche d'un endroit tranquille et ombragé pour ruminer pendant les heures chaudes de la journée. Enfin, au col de l'Encombrette même, nous voyons un dernier adulte mâle, se déplacant vers le cirque de l'Encombrette.

Sur le chemin du retour, plusieurs troupes de Traquets motteux vaganbondent sur les pelouses alpines et j'observe une belle Marmotte à l'entrée de son terrier, à quelques mètres seulement du sentier. Il est plus de midi lorsque nous rejoignons le chalet-refuge du Lac d'Allos afin de faire le compte-rendu de ce comptage avec la vingtaine de personnes ayant participé à cette opération. Le résultat est mitigé : 57 individus ont été comptés (53 l'année précédente), dont 11 cabris, sur cette colonie des Tours du Lac d'Allos. Cette légère augmentation (inférieure aux espérances) peut être expliquée par une émigration de certains animaux vers des secteurs encore inconnus.

Voici le récit de cette matinée intense en observations et dans un cadre vraiment fantastique. Au total, j'ai pu observer une vingtaine d'Ibex, de tous âges et de tous sexes.


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