Page mise en ligne le 9 Août 2005 - Page dernièrement modifiée le Vendredi 14 Avril 2006


Plan de restauration génétique d'une population de Bouquetins des Alpes (Capra ibex ibex, L.) située dans le Parc national du Mercantour

2005-2006


Maître d'ouvrage et maître d'œuvre : Parc national du Mercantour - Parc national de la Vanoise - Office national de la Chasse CNERA Grenoble - Office national des Forêts des Alpes-de-Haute-Provence.

Avec le concours : du Groupe d'études bouquetins et des Fédérations départementales des chasseurs des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence.


I - Présentation du projet

1.1. Introduction

Le Parc national du Mercantour et le Parco Naturale Alpi Marittime se sont engagés dès 1985 dans un programme commun de restauration du Bouquetin des Alpes Capra ibex ibex, avec pour objectif principal d'accélérer sa recolonisation des massifs favorables de l'espace transfrontalier. Plusieurs opérations de translocations ont eu lieu, permettant de créer de nouveaux noyaux de population sur le versant français.

Parallèlement le parc national a suivi de près la mise en place de la " Charte pour la réintroduction des bouquetins en France ", approuvée par le Conseil National de la Protection de la Nature le 17 février 1993, et s'est impliqué dans la rédaction de la " Stratégie de réintroduction des bouquetins en France - 2000-2015 " (décembre 1998). Ces documents ont mis en avant la nécessité de prendre en compte l'origine des animaux réintroduits pour favoriser la plus grande diversité génétique possible. Cette nécessité a été stigmatisée par les résultats obtenus par Maudet et al. (2002) à l'occasion d'une étude fine de la variabilité génétique observée dans les 7 populations majeures de l'ouest de l'Arc alpin. Cette étude, dont le Tableau I montre les principaux résultats, a notamment montré que la population Alpi Marittime - Mercantour présentait la plus faible variabilité génétique observée, résultat tout à fait attendu si l'on se rapporte à l'histoire de l'origine de ces populations (voir paragraphes 1.2 et 1.3)

Tableau I : Variabilité génétique obtenue pour 7 populations de bouquetins des Alpes à partir de 19 loci microsatellites (extrait de Maudet et al. 2002), montrant le déficit de variabilité génétique de la population Alpi Marittime Mercantour.

Populations
Effectifs étudiés
Hétérozygotie observée
Nombre moyen d'allèle
Pourcentage de loci polymorphes
Albris
36
0.41
2.53
89.5
Augsmatthorn
20
0.44
2.21
94.7
Belledonne
26
0.45
2.47
94.7
Gran Paradiso
33
0.42
2.84
100
Alpi Marittime- Mercantour
36
0.27
2.05
78.9
Mont Pleureur
27
0.42
2.60
100
Maurienne
32
0.40
2.30
85.5

Ces résultats ont été à l'origine de débats lors des deux dernières réunions du groupe Bouquetin des Alpes (la dernière ayant eu lieu dans le val d'Aoste en décembre 2004), et de recommandations quant à la nécessité de renforcer génétiquement ces populations. D'un point de vue général, ce type de recommandation portant sur la nécessité de tenter de maintenir une diversité génétique maximale, aussi bien dans les populations naturelles que dans les populations réintroduites, est repris dans le plan d'action et de conservation du groupe Caprinae de l'UICN (Commission de survie des espèces) et dans les " Lignes directrices relatives aux réintroductions " de l'UICN (IUCN/SSC, Groupe de spécialistes de la réintroduction, 1995).

Ce projet de renforcement génétique tient donc à la fois compte des recommandations de l'UICN, de la stratégie de réintroduction des bouquetins en France et des conclusions de Maudet et al. (2002) relatives au renforcement génétique à entreprendre. L'objectif est de lâcher 15 à 20 bouquetins femelles sur deux sites de la population nord ouest du parc national, dont l'effectif atteignait 500 individus en 2004. Ces femelles doivent avoir pour origine l'une des populations d'origine du nord des Alpes.

Le plan du présent document est issu des recommandations de la " Stratégie de réintroduction des bouquetins en France - 2000-2015 ".

1.2. Origine de la population de bouquetins de la partie Nord-ouest du parc national

Un programme d'étude mené en commun par les deux parcs jumelés Alpi Marittime et Mercantour entre 1985 et 1992, a porté sur le suivi de la taille des populations avec une approche individuelle de l'occupation de l'espace des animaux du massif de l'Argentera-Mercantour. Le suivi des animaux, grâce à différents procédés (marques auriculaires de couleur, colliers-émetteurs V.H.F. et balise Argos) a permis de mettre en évidence les faibles capacités de dispersion de cette espèce qui se traduit par une colonisation extrêmement lente.

Des actions de réintroduction ont donc été menées de 1987 à 1994, et 48 bouquetins, originaires de la population " Alpi Marittime-Mercantour-Est " ont été lâchés dans la partie nord-ouest du Parc national du Mercantour :

Cette nouvelle population, composée de 4 colonies, comptait 500 bouquetins en 2004. Leur croissance a été régulière et l'accroissement annuel moyen observé dans les sous colonies correspond à ce qui est connu dans la littérature (Girard 2002).

1.3. Objectifs à atteindre

Il est maintenant couramment admis que, contrairement à une petite population issue de bottleneck(s), une population possédant tout son patrimoine génétique sera davantage viable à long terme (voir Frankham 1995, Couvet 2000, ou Allendorf et Ryman 2002). Du fait de leur isolement géographique vis-à-vis des autres populations alpines, les populations de bouquetins de l'Argentera-Mercantour ne peuvent espérer être colonisées à court terme (50 ans) par des individus provenant des populations génétiquement diversifiées du nord des Alpes.

L'objectif est de déplacer un total de 15 à 20 femelles sur deux ans (printemps 2005 et 2006), ce nombre devant permettre de faire évoluer favorablement le taux d'hétérozygotie (Maudet et al., 2002 ; G. Luikart, com pers.).

Le choix des populations source s'est porté sur les animaux provenant du massif de Belledonne et de Vanoise issues ou en connexion directe de la population alpine la plus diversifiée. Il est attendu que ces lâchers de compléments favorisent une restauration génétique maximale de cette population, tout en s'appuyant sur les recommandations à suivre dans le cadre défini pour cette espèce protégée.

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II - Choix des animaux réintroduits

2.1. Nombre et sexe

20 à 25 Bouquetins des Alpes femelles (Capra ibex ibex).

2.2. Origine des animaux

10 femelles, selon l'efficacité des captures, provenant de la population de la Réserve nationale de Chasse de Belledonne (Isère) - en 2005.

10 à 15 femelles (11 en fait), selon l'efficacité des captures, de la population du Parc national de la Vanoise (Savoie) - en 2006.

2.3. Période de lâchers

Idéalement entre le 10 avril et le 20 mai, ce qui a pour avantage de capturer des femelles pour partie gestantes, sans compromettre leur gestation tout en ayant un apport supplémentaire d'animaux avec les cabris qui prendront part à l'apport génétique dans le futur.

2.4. Points de lâchers

Département : Alpes-Maritimes.

Commune : Entraunes.

Lieu-dit : Adret du val d'Entraunes, à proximité d'Estenc.

Statut foncier : Terrains communaux.

Nombre : 10 - origine Réserve nationale de chasse de Belledonne (Isère).

Département : Alpes-de-Haute-Provence.

Commune : Uvernet-Fours.

Lieu-dit : Adret de la vallée du Bachelard, à proximité du hameau de Bayasse.

Statut foncier : Terrains domaniaux du Bachelard et communaux.

Nombre : 11 - origine Parc national de la Vanoise : population d'origine réintroduite de Tarentaise et population d'origine naturelle de Maurienne (Savoie).

2.5. Modalités de transport

Transport en sabot individuel, dans un véhicule-fourgon, voyage de nuit.

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III - Suivi des bouquetins

3.1. Suivi sanitaire

Tout animal capturé subit une prise de sang afin de déceler, après analyses auprès des services vétérinaires, d'éventuelles maladies. Le marquage permet à tout moment de re-capturer un bouquetin lâcher.

3.2. Suivi des déplacements

Tous les animaux seront marqués avec un procédé d'identification visible à distance, à l'aide de boucles auriculaires de couleurs et seront équipés de surcroît avec des colliers-émetteurs VHF d'une durée de vie de 5 ans. Un programme de suivi sera maintenu pendant les 5 ans suivant le lâcher. Il nous permettra de connaître les déplacements des individus et le succès de la reproduction des femelles réintroduites.

3.3. Suivi génétique

Il sera nécessaire d'apprécier l'apport génétique grâce aux réintroductions opérées dans cette population.

A cet effet, une étude moléculaire complémentaire par échantillons permettra de connaître et de comparer la variabilité génétique des bouquetins présents sur le site (analyses sanguines réalisées en 1995-2000) et prélèvements de crottes (avec identification individuelle des animaux en étant à l'origine) au cours de l'année 2005, avec celle des animaux réintroduits (par analyses sanguines) et de leurs descendants (par analyses de crottes des jeunes issus des croisements entre femelles introduites et mâles locaux).

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IV - Actions d'information

Les habitants des vallées du Mercantour ont été informés- du retour du Bouquetin des Alpes à partir de 1987, par les médias et le Parc national du Mercantour. Néanmoins, suite à ces trois nouveaux lâchers, une information sur cette opération sera réalisée compte tenu des déplacements importants que certains bouquetins réalisent avant de se fixer sur le lieu même du lâcher.

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Source (document utilisé pour la confection de cette page) :

  • Plan de restauration génétique d'une population de Bouquetins des Alpes (Capra ibex ibex, L. ) située dans le Parc National du Mercantour 2005-2006 - Parc National du Mercantour.

Copyright © 2003-2010 - Mathieu Krammer - Tous droits réservés


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